Politics

Sammy Mahdi, nouveau président du CD&V: “Je n’ai jamais voulu être le migrant de service”


À 33 ans, Sammy Mahdi a eu le temps d’écrire un livre, d’être assistant parlementaire, président des Jeunes CD&V, chroniqueur pour De Morgen, secrétaire d’État avant de devenir président du CD&V samedi passé.

Vingt ans plus tôt, vous vous imaginiez avoir un tel parcours ?

“Je ne m’imaginais pas avoir de parcours en politique, tout court. Je n’ai jamais été quelqu’un qui se disait ‘plus tard, je serai ministre’. Je n’ai jamais cru que je jouerais un jour un rôle public important car cela implique de se mettre dans une position vulnérable. En tant que gamin qui ne vient pas d’une famille particulièrement riche, j’avais des complexes d’infériorité.”

Parlait-on politique à table chez les Mahdi ?

“Surtout de politique internationale. Mon père vient d’Irak, ma mère de Flandre occidentale. C’était deux mondes qui se croisaient et se comprenaient. Mon père adorait parler de politique, d’actualité, de ce qu’il se passe dans le Moyen-Orient. Il en parlait avec nous, mais également avec ses amis, dont certains venaient d’Irak. Ils avaient de gros débats sur la corruption dans les pays du Moyen-Orient, le manque d’ambition et de libertés dans ces pays-là.”

Avez-vous des sœurs, des frères ?

“Une sœur, Sarah, qui a 5 ans de plus que moi et un frère, Alexandre, qui a 5 ans de moins que moi.”

Ce goût de la politique vous a-t-il été transmis par votre père ?

“Je le pense. Indirectement, cela a introduit en moi un combat pour une certaine justice. À l’école, quand j’avais l’impression qu’un système n’était pas correct, je voulais le dénoncer. À la maison aussi, je ressentais le ‘symptôme de l’enfant du milieu’. Quand tu n’es ni le plus jeune, ni le plus âgé, tu n’es pas spécial.”

Sammy Mahdi, nouveau président du CD&V: "Je n’ai jamais voulu être le migrant de service"
©GUILLAUME JC

Avez-vous été victime des injustices que vous dénoncez ?

“Un soir, je voulais sortir en boîte de nuit avec des amis, tous issus de l’immigration, et on n’a pas pu rentrer. J’étais déjà membre des jeunes chrétiens-démocrates. Deux semaines plus tard, ce même videur nous a laissés entrer parce que je venais avec des collègues du CD&V… Quand j’avais 12 ans et que j’allais au foot, certaines personnes âgées changeaient de trottoir en me voyant. Chaque humain a de nature peur de ce qu’il ne connaît pas. Mon devoir est de surpasser cette angoisse face à ce que l’on ne connaît pas en montrant ce que l’on est réellement.”

Au travers de la politique, peut-on lutter contre ces injustices ?

“Oui, ça va même beaucoup plus loin. Par contre, je n’aime pas limiter le combat contre l’injustice à un combat centré sur ce que j’ai ressenti comme injustice. Je ne suis pas une femme, et pourtant, je sais que les femmes doivent combattre des inégalités. Je suis très fier qu’en nommant Nicole De Moor à ma succession, la Belgique a pour la première fois plus de femmes que d’hommes dans son gouvernement. Même si c’est symbolique. Pour moi, que l’on soit homme ou femme, l’important, c’est d’avoir les plus qualifiés. Et dans ce cas de figure, la personne la plus qualifiée, c’est Nicole De Moor. C’était un combat dur à mener où le CD&V a joué un rôle important. Il ne faut pas oublier que le droit de vote pour les femmes a pu être obtenu grâce aux chrétiens-démocrates. Les droits pour les LGBTQIA +, c’est aussi un de nos combats. Et il ne faut pas oublier les personnes plus âgées. On parle souvent des personnes issues de la migration, mais les personnes les plus discriminées sur le marché de l’emploi, ce sont des hommes de plus de 50 ans. Il y a une injustice qui est partout et qu’il faut combattre. L’axer uniquement sur la migration, c’est quelque chose qui me frustre. Je n’ai jamais voulu être le migrant de service ou celui qui représente seulement sa communauté. Je veux représenter ma communauté, mais cette communauté, c’est la Belgique.”

Bruxellois d’origine, qu’est-ce qui vous a motivé à bouger à Vilvorde ?

“Ma carrière politique. Je fais partie d’un parti flamand et la politique qui m’intéresse avant tout, c’est la politique fédérale. Or, quand tu es néerlandophone à Bruxelles, c’est difficile de faire de la politique fédérale. Pour moi, il était logique de déménager dans le Brabant flamand. L’avantage, c’est que l’on n’est pas loin ni de Bruxelles, ni d’Anvers. Et en même temps, on a cet aspect éloigné de Bruxelles. C’est une commune mieux organisée, plus propre et parfois plus respectueuse. Bruxelles a un potentiel énorme, mais certains n’y font pas assez. Bruxelles mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a.”

Sammy Mahdi, nouveau président du CD&V: "Je n’ai jamais voulu être le migrant de service"
©GUILLAUME JC

Supporter d’Anderlecht, amoureux des chiens et grand fan de Mariah Carrey

Sammy Mahdi, c’est aussi :

Parfait bilingue, Sammy Mahdi tente depuis 15 ans d’apprendre l’arabe, la langue qu’utilisait son père quand il était en colère. Mais jusqu’ici, il n’a retenu que les jurons.

Le président du CD&V est un fan absolu de football et d’Anderlecht, un club qu’il a connu “au summum de sa forme” grâce à son grand-père.

Le leader des chrétiens-démocrates possède un chien depuis cinq ans. C’est son ex-compagne qui l’avait convaincu de l’acheter. Il s’appelle Pamuk, ce qui signifie “coton” en turc. C’est également le nom d’un célèbre écrivain turc qui parle de la rencontre entre l’Orient et l’Occident.

Pourtant, petit, Sammy Mahdi avait peur des chiens.

À la Saint-Valentin, l’élu CD&V a posté sur Instagram une photo de lui avec Jennifer Lopez. “Elle et Mariah Carrey, ce sont les deux femmes de rêve de ma vie. Pour le reste, je ne ferai pas de commentaires.”

Il espère néanmoins un jour devenir papa. “J’ai été animateur et j’adore les gosses. Avoir un petit Mahdi avec qui je peux jouer au foot ou avec qui je peux jouer aux Barbies, c’est un rêve qui est encore plus grand que d’être président du CD&V.”

“Une position claire sur l’avortement”

Fils d’une mère catholique et d’un père musulman, Sammy Mahdi se présente comme agnostique. Dans sa jeunesse, la religion se vivait essentiellement au travers des questions des professeurs et des amis. Dès lors, quelle place accordera-t-il à la religion dans le programme du CD&V, un parti avec de profondes racines chrétiennes ? Plutôt qu’inscrire la spiritualité dans les lignes directrices du parti, le président prône la défense de valeurs. “Le rôle du CD&V sera de permettre aux gens de pouvoir réfléchir à la vie, de leur donner un espace pour la spiritualité. Ce qui est important pour nous est de tenir compte de la façon dont on organise la vie.” Mahdi, qui se dit “humain avant tout”, veut travailler à recréer du lien social, avec une attention particulière aux personnes âgées. “On vit dans un monde individualiste. La solitude ressentie par les personnes âgées est problématique. Il faut changer ce modèle qui me fait peur.”

Une solitude que le trentenaire perçoit également chez les jeunes, au point qu’il défend l’idée d’un ministre de la Solitude, comme le Japon et le Royaume-Uni ont pu avoir. Il imagine un modèle dans lequel un jeune irait faire des études supérieures, pourrait partager un kot avec des personnes âgées et “où les gens pourraient habiter ensemble”. Un modèle à construire en travaillant sur les compétences liées au logement, à la jeunesse et à la pauvreté. “Le tissu social est en train de disparaître à une vitesse incroyable parce qu’on vit dans un monde globalisé qui va à une vitesse lumière où ça devient difficile de tout suivre. Tout change en l’espace de quelques années et les gens finissent isolés. Pour moi, un chrétien-démocrate n’est pas contre le changement, mais il essaie de mener le changement dans le bon ordre.”

Un monde centré sur la production, la consommation et le travail, un monde où “on se lève, on bosse et on dort”, le chrétien-démocrate n’en veut pas. C’est ce qui amènerait les personnes âgées sans véritables problèmes à vouloir mettre un terme à leur vie. “On ne peut rentrer dans un modèle où on te demande de travailler et quand ta vie est finalisée, tu peux dire merci, au revoir.” Il précise qu’il n’est pas opposé à l’euthanasie, seulement à ces opérations qui se produisent lorsqu’une personne perd le goût de vivre, “a le sentiment de ne plus servir à rien et demande à être assistée pour en finir”.

Sur le plan éthique, Sammy Mahdi ne se dit pas non plus opposé à l’avortement. “Le CD&V a une position claire sur l’avortement. C’est celle qu’il a tenue lors des discussions pour la formation du gouvernement. Ce qu’il faut faire, c’est avoir un travail réfléchi, académique, scientifique avec une multitude de personnes issues du secteur médical. Ce qui me fait peur, c’est la surenchère comme on a connu il y a quelques années avant la formation du gouvernement. Certains demandaient de passer à 18 semaines, d’autres à 20, d’autres encore à 24 semaines. On fait une surenchère pour être le plus progressiste possible. Ce n’est pas basé sur ce qui est la meilleure chose à faire pour les femmes. Ce que je veux faire, c’est écouter les femmes, les cliniques d’avortement, les gynécologues, les spécialistes.”



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.

close