Politics

Le “violeur de la Sambre” condamné: “Je suis dégoûtée. Il pourrait déjà sortir dans un dizaine d’années et refaire du mal”, réagit Leila, la victime couvinoise.



Dino Scala a été condamné ce vendredi pour des viols et agressions sexuelles commis pendant 30 ans en France et en Belgique (huit victimes à Erquelinnes) à la peine maximale encourue.

Surnommé “le violeur de la Sambre”, il a été reconnu coupable par les Assises du Nord de 54 des 56 faits pour lesquels il était jugé, dont 16 viols. Sept des tentatives de viol qui lui étaient reprochées ont été requalifiées en atteintes sexuelles.

Dino Scala, 61 ans, était poursuivi dans cette affaire hors normes pour 17 viols, 12 tentatives de viol et 27 agressions ou tentatives d’agression sexuelle, commis entre 1988 et 2018 près de son domicile, autour de la rivière Sambre. Il n’en avait reconnu que 40.

La peine a été jugée insuffisante par les victimes notamment: vingt ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté des deux tiers. Pour Leila, une victime qui réside aujourd’hui à Couvin, c’est cette période de sûreté qui l’accable. Après douze ans de prison, il pourrait demander un aménagement de peine, un placement en semi-liberté ou une libération conditionnelle.

Ma fille et mon avocate m’ont appris le verdict. Je savais qu’il serait condamné. Mais j’en ai pleuré. Pour la première fois, j’ai craqué. Je suis dégoûtée. En fait, je voulais qu’il finisse sa vie en prison. Perpétuité, je savais que c’était exclu. Mais j’espérais au moins que la période de sûreté couvre l’entièreté de la peine, vu le nombre de victimes. Qu’il la preste entièrement en prison, à coup sûr. Mon avocate m’avait dit que cette issue plus ferme était envisageable dans son cas. J’ai témoigné à la barre, face à lui, là où d’autres victimes n’ont pas pu, n’en étaient pas capables. Je lui ai exprimé, droit dans les yeux, toute ma haine à son encontre. Je me suis mise à nu. Et j’ai l’impression que ça n’a servi à rien. Ce n’est pas principalement pour ce qu’il m’a fait que je voulais la certitude qu’il reste un maximum de temps en prison. Il y a que, dans vingt ans, il aura quatre-vingt un an. Il sera alors peut-être trop vieux pour encore faire du mal à d’autres personnes. Mais dans seulement douze ans, c’est moins probable. Et encore, ce pourrait être plus tôt vu qu’on va lui décompter la période de prison déjà prestée (NdlR. Il a été arrêté en 2018).”

Ce qui l’apeure ainsi, en prévision de sa future sortie? Le profil de Scala. En début de semaine, l’expert psychiatrique a décrit la “rage narcissique” qui fait basculer cet homme, dont les proches le décrivaient comme “Monsieur Tout-le-monde” avec une vie emprunte de “conformisme“, dans un parcours de violeur en série qui faisait des repérages avant de foncer sur ses proies. “Le facteur d’excitation, c’est l’agression“, la peur de la victime et le fait de la dominer, ce qui caractérise un “sadisme sexuel“, a développé le Dr Bensussan. Attaquer des femmes ou jeunes filles lui procurait un “sentiment de toute-puissance“, a expliqué le psychiatre.

Leila a été violée en novembre 1991, alors qu’elle avait 21 ans et vivait chez ses parents à Leval, dans le Nord de la France, non loin de la frontière belge. Chaque matin, très tôt, elle parcourait à pied les 30 minutes qui séparent son domicile de la gare, pour se rendre à la boulangerie où elle travaille. ” J’ai entendu quelqu’un courir derrière moi. J’ai vu un homme avec une capuche. Je n’imaginais pas le danger, j’ai poursuivi ma route. Il est arrivé, m’a serré le cou avec son bras. Je lui ai dit ‘Ne me faites pas de mal, je n’ai pas d’argent’. Il m’a poussée dans une maison en ruine. ‘Ne me tuez pas’, l’ai-je supplié. J’ai senti une lame dans mon coup. Il a déboutonné mon chemisier et a mis ses mains sur mes seins en me disant que ce n’était pas la première fois qu’il faisait ça. Il m’a ensuite poussée dans le fond de la maison et m’a contraint à une fellation avec le couteau sous la gorge.

A l’entame du procès, la Couvinoise pensait que le simple fait de témoigner et de faire face à se bourreau lui suffirait pour tourner la page et faire son deuil. Aujourd’hui, elle déchante. ” Non, ce n’est pas du passé. Je le sens. Et ce verdict ne m’aidera pas. Ce sera bien plus compliqué que ce que je croyais.

Je me sens libérée d’un poids mais seulement pour une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’il sorte“, a réagi au verdict une autre victime, agressée à l’âge de 14 ans. “On sait que le cauchemar reviendra quand il sortira“, a déclaré une autre victime.

Est-il normal qu’on touche un plafond de verre à vingt ans, qu’avec 10 ou 50 victimes, on encourt la même peine ? C’est une question à poser à nos députés“, s’est émue une des avocate des victimes, Me Caty Richard.

Les parties civiles s’étaient déjà émues jeudi d’une peine maximale non adaptée au regard du nombre de vies gâchées.

L’un des avocats généraux, Annelise Cau, avait elle-même estimé dans ses réquisitions que la peine encourue était “trop faible”. Elle avait appelé à une réflexion sur la prise en compte du caractère sériel des crimes sexuels et de leur préméditation, qui n’a à ce stade “aucune conséquence juridique“.



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.

close